Discours

Vingt-cinq ans au service de l’ophtalmologie à l’hôpital Saint-Joseph

De Philippe Demailly à Yves Lachkar
Publié le 22 février 1999, mise à jour le 26 mars 2007
par Philippe Demailly

MONSIEUR LE PRESIDENT,

MADAME LA VICE-PRESIDENTE,

MONSIEUR LE DIRECTEUR,

MES CHERS COLLEGUES,

MES CHERS AMIS.

Au terme de ces vingt-cinq années passées à diriger le service d’ophtalmologie de l’hôpital Saint-Joseph, mais aussi au terme de ces quarante six années passées à fréquenter chaque matin un service hospitalier, la tentation est grande, en guise de justification, de dresser un bilan.


C’est chez le professeur Offret, à l’Hôtel-Dieu, dont je fus l’interne, le chef de clinique puis l’assistant, que je me suis intéressé à cette maladie fréquente, invalidante, qu’est le glaucome ; dès cette époque, le professeur Offret avait parfaitement compris que pour devenir bon et performant en ophtalmologie il fallait se spécialiser. Yves Pouliquen eût la charge des maladies de la cornée, Christian Haye celle des tumeurs, Jean Haut celle de la chirurgie de la rétine et du vitré, Gabriel Coscas celle des maladies de la rétine ; la chirurgie de la cataracte pratiquée par tous ne justifiait pas une hyper-spécialisation.

Je suis arrivé à l’hôpital Saint-Joseph comme chef de service en 1973 à la suite du décès brutal de notre regretté collègue Jean Lavat.

Après une période d’amalgame un peu difficile, l’équipe se constituait et permettait le développement régulier de la glaucomatologie dont l’ampleur ne cessait chaque année de progresser pour atteindre au début des années 90 une activité de 21 000 consultants dont environ 18 000 glaucomateux .

C’est grâce à cet effort commun de toute l’équipe médicale tant des assistants que des attachés, que les conditions furent réunies pour créer, au sein du service d’ophtalmologie, un institut du glaucome.

L’institut du glaucome a pu se réaliser en 1990 grâce à un homme hors du commun, Renaud Gillet, ancien président de Rhône-Poulenc, dont je salue respectueusement la présence parmi nous.

Grâce à lui, à ses proches, à ses amis de l’industrie et plus tard, grâce aux patients glaucomateux, l’institut du glaucome se dotait de fonds conséquents qui permirent l’aménagement de la consultation, l’achat de nombreux matériels d’investigation et de chirurgie, le salaire du docteur Lachkar au titre d’assistant pendant deux ans.

Bien entendu cette création ne put se concrétiser sans l’accord du conseil d’administration de l’époque, avec son président Monsieur Alain Barjot, sa vice-présidente Madame de Waresquiel qui prit en charge cet institut et le directeur monsieur Baylac.

Le 06 septembre 1994 l’institut du glaucome fut reconnu par le ministère de la santé et inauguré officiellement par monsieur le ministre Philippe Douste-Blazy . Cette reconnaissance apportait la confirmation que le glaucome était considéré comme un problème de santé publique.

Si, dans les années 90 l’institut du glaucome a pu acquérir une activité importante au sein de l’hôpital, une réputation nationale et internationale, c’est grâce, certes à l’équipe médicale, mais aussi grâce au personnel infirmier, à tous les échelons, au personnel para médical.

Le service a vu passer plusieurs surveillantes. La première, Edith Lemercier m’apporta une aide efficace dans ces années difficiles de jeune chef de service. Puis vint sœur Denise qui ne ménageait ni son temps ni sa gentillesse. Vint enfin, en 1982, Mireille Sonzogni, notre surveillante de choc, au franc parler. Elle eut d’abord la responsabilité du service dans son ensemble avant de se consacrer aux consultations du pôle tête et cou. Je sais, ma chère Mireille, que vous avez un rôle difficile, un rôle tampon entre les récriminations des patients et les desiderata des médecins. Vous ne ménagez ni votre peine, ni votre santé. Je vous remercie de tout ce que vous avez fait et de tout ce que vous faites pour le service.

Je dirais un mot d’Odile Barrault, un des piliers du service ; elle est fidèle au poste depuis vingt-cinq ans ; elle a développé avec brio la périmètrie, n’hésitant pas à aller, à ses frais, pour parfaire ses connaissances, chez Eric Grève à Amsterdam ou chez Stephen Drance à Vancouver. A la tête d’un département qui comporte six périmétristes de valeur, car bien formées, elle assure en outre depuis quatre ans l’exploration du nerf optique. Elle est devenue l’élément incontournable de l’investigation glaucomateuse.

Et maintenant, j’ouvrirais une parenthèse pour vous parler de Michèle Chuniaud. Elle est arrivée comme secrétaire en 1978. Mais très vite, elle s’est imposée comme une véritable assistante médicale, par sa personnalité, son sens de l’organisation, ses initiatives, sa connaissance des dossiers des malades, son aisance dans la gestion des relations publiques. Trois faits ont marqué son activité dans le service : le développement d’un réseau informatique performant dont nous sommes fiers et qui fait aujourd’hui référence ; la gestion impeccable des dossiers d’expertise des nouveaux médicaments proposés par les laboratoires ; l’organisation des congrès notamment ceux du Comité de lutte contre le glaucome et ceux des soirées à thème de l’institut du glaucome. Elle est appelée depuis peu à de nouvelles fonctions. Je suis sûr qu’elle les remplira avec autant de compétence. Ma chère Michèle, acceptez ces modestes cadeaux, inversement proportionnels à la reconnaissance que nous vous devons tous, que vous doit l’institut du glaucome.

Vous avez accepté mes chers collègues du jury, pour la grande majorité d’entre vous, de me suivre et de nommer Yves Lachkar mon successeur. Le conseil d’administration a confirmé cette nomination. C’est un excellent choix. Il maintient en état ce pôle d’excellence, qu’est l’institut du glaucome, dont le but est de dépister et de soigner de vrais malades. En effet quelle plus belle éthique, quelle plus belle mission pour un hôpital catholique que d’empècher des patients, durant toute leur vie, de devenir aveugle !

Je connais Yves Lachkar depuis plusieurs années, nos premiers contacts ont eu lieu lors de congrès ; il est venu bénévolement suivre ma consultation pendant un an. Il est revenu dans le service comme assistant en janvier 1997 après avoir passé un an à Londres au Moorfield Eye Hospital. Sa jeunesse - puisqu’on a parlé de sa jeunesse - est derrière lui car son expérience en matière de glaucome n’est plus à prouver ; car depuis deux ans, sa participation à des réunions du pôle tête et cou coordonnées par Claude-François Degos lui a permis d’acquérir une solide expérience administrative, une parfaite connaissance des difficultés que rencontre l’hôpital et les services hospitaliers.

Sa jeunesse est devant lui par son ardeur au travail et son enthousiasme. Il saura, mieux que je ne l’ai fait, organiser, dans la mesure du possible, les consultations des malades hospitalisés. Il est parfaitement capable développer le service d’ophtalmologie dans d’autres domaines que le glaucome si les moyens nécessaires en personnels et en matériels sont mis à sa disposition.

De nos jours, comme de tous temps, on attend d’un chef de service hospitalier qu’il soit au service des malades et de ses collaborateurs. Ses activités sont multiples. En dehors de ses fonctions administratives et d’organisateur, il a le devoir d’enseigner, il doit participer au progrès scientifique, c’est à dire à la recherche clinique qu’il s’agisse de nouveaux moyens d’investigation, d’expertises thérapeutiques ou de nouvelles techniques chirurgicales. Il doit maintenir avec éclat le renom de l’institut du glaucome en France et à l’étranger ; de telle sorte, qu’au soir de sa vie professionnelle, il puisse répondre, comme tout homme responsable, clairement et positivement à cette parabole de l’évangile : " Qu’ as–tu fait de ton talent ?"

Un chef de service n’est rien sans l’équipe qui l’entoure. Il doit faire comprendre ses objectifs et faire en sorte que les médecins comme le reste du personnel soient heureux de participer à la vie du service ; que le service ait une âme, qu’il soit un forum où l’on puisse échanger des idées, des avis diagnostiques ou thérapeutiques, faute de quoi, il devient un vulgaire dispensaire de soins ou la caricature d’une clinique privée.

A l’heure de la coupe du monde de football, il est tentant de faire une comparaison avec une équipe hospitalière dont vous, monsieur le directeur, seriez le capitaine ou "l’Aimé Jacquet". En réalité les choses paraissent plus complexes. En effet, monsieur le directeur, avons-nous les mêmes adversaires ? Vous et votre équipe administrative vous gagnez le match lorsque le budget est en équilibre, le point ISA dans les normes. Nous autres, capitaines d’une équipe médicale, nous gagnons le match lorsque le malade est sinon guéri, du moins soulagé et content…. sans avoir porté plainte.

Mais les contraintes économiques actuelles font que ces deux équipes sont condamnées, sans qu’il y ait un quelconque rapport de forces, à s’entraider, à communiquer, à trouver en commun des solutions convenables. L’une des deux équipes ne peut gagner sans que l’autre remporte aussi son match.

J’oserais terminer ce discours déjà fort long par une phrase de Salluste dans Jugurtha : "concordia parvae res crescunt maxumae discordia dilabuntur" : les petites entreprises grandissent par la concorde, les grandes périssent par la discorde.
Et bien, je souhaite bonne chance à cette petite entreprise qu’est le service d’ophtalmologie - institut du glaucome ; je souhaite bonne chance à cette grande entreprise qu’est devenue la fondation hôpital Saint-Joseph.


Philippe Demailly

Paris, le 16 janvier 1999.

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